Dans le cadre du projet « Grandes Figures » porté par le réseau Proscitec, l’École dentellière de Bailleul met à l’honneur William Nelson Cromwell à travers une rétrospective dédiée.

La dentelle à Bailleul

La dentelle aux fuseaux apparaît dès le XVIe siècle en Italie et en Flandre. D’abord phénomène de mode et symbole de luxe, elle connaît son apogée à l’aube de la Révolution française. À Bailleul, on compte 8 000 dentellières et pas moins de dix écoles en 1851.

Cependant, la loi Jules Ferry de 1883, qui rend l’école obligatoire toute la journée, bouleverse cet équilibre : il ne subsiste bientôt plus que quatre ateliers pour environ 200 élèves. Par la suite, les changements de mode, la concurrence belge, la mécanisation et l’essor des usines de tissage détournent progressivement les dentellières de leurs carreaux, entraînant le déclin de cet art séculaire.

En 1918, la ville de Bailleul est détruite à plus de 90 %. Elle reçoit la Croix de guerre et bénéficie de dommages de guerre pour sa reconstruction.

L’année suivante, en 1919, fortement impressionné par le travail des dentellières au cœur des ruines, William Nelson Cromwell, philanthrope américain et grand ami de la France, décide de relancer la dentelle à Bailleul ainsi que l’activité textile à Valenciennes. Installé à Paris et président d’honneur de l'association Retour au Foyer, il souhaite ainsi favoriser la renaissance d’un art typiquement français et faire refleurir, au sein des familles de Flandre, ce délicat savoir-faire qui avait jadis connu un si grand éclat.

William Nelson Cromwell (1852 - 1948)

Né à Brooklyn, William Nelson Cromwell est associé à l’un des plus grands cabinets d’avocats de son époque, Sullivan & Cromwell. Son nom est étroitement lié à la réussite de deux des plus vastes entreprises industrielles de son temps : la construction du canal de Panama et la création de l’United States Steel Corporation, qui regroupe alors les principales aciéries américaines.

Installé à Paris durant l’entre-deux-guerres, il s’engage dans de nombreux projets et se consacre à diverses causes philanthropiques. Il contribue notamment à l'édification de monuments célébrant la gloire et l’héroïsme des Américains, participe à la création du musée de la Légion d’honneur et préside à l’édification du Mémorial de l’escadrille Lafayette.

Par ailleurs, à la suite de la Grande Guerre, il s’intéresse de près à la condition des artisans. Il soutient activement plusieurs œuvres caritatives, notamment en faveur de l’enfance défavorisée, œuvre à la rééducation des personnes aveugles et encourage le développement des bibliothèques en braille.

Un mécène des temps modernes

Cromwell finance la réorganisation de l’enseignement et encourage la commercialisation de la dentelle aux fuseaux de Bailleul. Il soutient l’achat de matériel, prend en charge le salaire d’une maîtresse dentellière et envisage la construction d’une école professionnelle. Celle-ci aurait pour vocation d’enseigner le dessin et de favoriser la création de nouveaux modèles. Les anciennes dentellières, fortes de leur expérience, s’investissent pleinement dans ce renouveau, tandis que les productions issues des écoles provisoires de Méteren, Saint-Jans-Cappel et Bailleul sont mises en vente.

 

Le saviez-vous ?

Le Retour au Foyer, association nationale reconnue d’utilité publique en 1919, avait pour mission d’aider les populations des régions dévastées par les guerres à se réinstaller et à travailler. Il est dissout en 1948.

Madame Houzet est nommée, au sein de l’association Le Retour au Foyer, responsable du secteur « Dentelles ». Grâce à son réseau dans la soierie de luxe et la haute couture, elle assure la commercialisation des productions, notamment lors de ventes de charité fréquentées par des personnalités prestigieuses telles que le prince héritier de Perse, Mesdames Dior, Loucheur ou encore André Citroën. Elle contribue également à promouvoir l’enseignement en organisant concours et expositions afin de stimuler les dentellières.

À la suite de désaccords entre Le Retour au Foyer et la directrice de l’école de Méteren, soucieuse de défendre les intérêts de « ses » dentellières, le projet de reconstruction d’une école dans cette commune est abandonné au profit de Bailleul.

Une école professionnelle à Bailleul

En 1923, le maire Natalis Dumez acquiert un terrain en vue de la construction d’une école dentellière à Bailleul. L’association Le Retour au Foyer en finance les travaux, confiés à l’architecte Brelet, qui débutent en 1925. Le bâtiment constitue aujourd’hui un remarquable exemple du style néo-Renaissance flamande caractéristique de la ville.

En 1926, Anne Comeyne, âgée de 18 ans et lauréate de l’École normale de Bruges, est nommée directrice de la section dentelle. Elle est secondée par Marie Deswarte, directrice de l’école de Méteren, permettant ainsi de renforcer les liens entre les deux établissements.

En 1935, William Nelson Cromwell est nommé citoyen d’honneur de la ville. Les élus lui rendent également hommage en installant une copie du buste en bronze sculpté par Victor Ségoffin pour l’hôtel de la Légion d’honneur à Paris.

Après avoir contribué à la renaissance de la dentelle à Bailleul, à son enseignement et à son développement, Le Retour au Foyer rétrocède l’école à la municipalité en 1935.

Concurrencée de longue date par la dentelle mécanique, la dentelle aux fuseaux cesse progressivement d’être un métier pour devenir une activité artistique et de loisir.


Le soutien de Cromwell

  • 400 000 francs pour le fonctionnement de l'école ;
  • 100 000 francs pour l’organisation d’un concours de dentelle qui attire plus de 400 dentellières ;
  • 500 000 francs légués à son décès en 1948 ;
  • Don de sa collection de dentelles au musée Benoît-De-Puydt, toujours conservées aujourd'hui.

Une reconnaissance du savoir-faire

Les dentellières de Bailleul reçoivent plusieurs distinctions dont : 

  • 1925 : Médaille d'or à l'Exposition internationale des Arts décoratifs de Paris ;
  • Années 1930 : titres de Meilleurs Ouvrières de France pour Marie Délie et Yvonne Looten.

Contact

Service Patrimoine

22 rue d'Ypres

Tél. : 03 28 50 39 78
Contacter le service par mail : patrimoineatville-bailleul [point] fr (patrimoine[at]ville-bailleul[dot]fr) 

 

École dentellière

6 rue du Collège
(fermée les jours fériés et pendant les vacances de Noël). 

Tél. : 03 28 50 06 16
Contacter l'école par mail : ecole-musiqueatville-bailleul [point] fr (ecole-dentelle[at]ville-bailleul[dot]fr)

L'école dentellière est membre du réseau Proscitec